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  • : Le royalisme providentialisme a beau tenir une place importante dans ma vie, il ne m'empêche pas de m'interesser à l'histoire connue - et celle plus cachée- de mon pays. L'humour a aussi sa place dans les pages mise en ligne.
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6 mars 2009 5 06 /03 /mars /2009 08:26
La désintégration européenne

     "Je pense que ce serait une immense tragédie si l'Europe était à nouveau divisée en deux» .
     Ce constat du président de la Banque mondiale, Robert Zoellick, résume à lui seul ce qui se joue sur le Vieux Continent. La crise financière et économique menace toute une zone sortie du bloc communiste il y a tout juste vingt ans. La faillite du système soviétique et l'ouverture à l'Ouest des pays d'Europe de l'Est symbolisée par la chute du mur de Berlin avait pourtant consacré la réconciliation d'une Europe réunie. Une réunification qui a eu son point d'orgue lorsque l'Union européenne (UE) a accueilli en son sein 12 pays de l'Est en 2004 et 2007. L'intégration à la zone euro n'était plus alors qu'une question d'années. Las, la crise actuelle affecte durement ces nouveaux champions du capitalisme libéral. Elle pourrait conduire à une aggravation de la récession à l'Ouest, Autriche et Allemagne en tête. Si aucun plan d'aide n'est mis en oeuvre, l'Europe pourrait même renouer avec les vieux démons de la division. L'opinion publique et dans son sillage les leaders politiques des pays de l'Est ne comprendraient pas que les membres historiques de l'UE, voire la Commission européenne, ne viennent pas à leur secours. Un rejet des valeurs de l'Union pourrait s'ensuivre, sans compter une possible résurgence des extrémismes dans ces pays acquis à la cause de l'Ouest depuis deux décennies.

      Et pour cause, banques et entreprises de l'Ouest ont largement profité de la croissance de ces vingt dernières années dans ces pays. On ne compte plus les implantations d'usines en République tchèque, en Pologne, en Slovaquie ou en Roumanie pour profiter des bas salaires des ouvriers locaux. Les banques occidentales ont participé au jeu, jusqu'ici gagnant, des crédits accordés à ces économies. Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Selon le rapport de février de l'Institute of International Finance (IIF), les flux nets bancaires vers les pays émergents d'Europe de l'Est ont culminé à 217 milliards de dollars en 2007. En prenant en compte la totalité des flux financiers, ce sont pas moins de 392,8 milliards de dollars qui se sont dirigés vers cette zone. En 2008, les chiffres se sont encore inscrits respectivement à 123 et 254 milliards de dollars. Mais, pour l'année en cours, les prévisions de l'IIF sont catastrophiques : seulement 30,2 milliards de dollars de flux financiers sont attendus dans la zone. Selon la Banque des règlements internationaux, les prêts accordés par les banques étrangères - majoritairement d'Europe de l'Ouest - dans les pays de l'Est se chiffraient à 1.656 milliards d'euros en septembre dernier. De l'avis des économistes, tout est en place pour qu'une crise majeure intervienne à l'Est. La croissance économique chute, les déficits publics dérapent, les monnaies locales s'affaiblissent et la balance des comptes courants se creuse. De plus, la libéralisation des marchés financiers locaux a conduit à un boom de la croissance de crédits. Les crédits domestiques au secteur privé atteignaient ainsi 46 % du PIB en Pologne, 65 % du PIB en Hongrie et 73 % du PIB en Bulgarie.
     Pour ne rien arranger, les ménages d'Europe de l'Est, en particulier en Hongrie et en Roumanie, plutôt que de s'endetter en devise locale, ont contracté des crédits libellés en euros. Ce jeu dangereux a été d'autant plus suivi que les entrées de capitaux étrangers ont contribué à alimenter la hausse de certaines devises locales - notamment en Pologne et en Hongrie -, diminuant d'autant le coût de remboursement de ces emprunts en euros. Mais, avec la crise, le système est rapidement devenu instable. En outre, les banques occidentales risquent de délaisser cette partie du monde pour se recentrer en priorité sur leur marché domestique, provoquant de ce fait un sévère assèchement du crédit en Europe de l'Est. Un assèchement d'autant plus sévère que la majeure partie du système bancaire et financier des pays de l'Est est détenue par l'Occident. Selon la Banque européenne de reconstruction et de développement, le système bancaire est-européen a besoin de 200 milliards de dollars de refinancement cette année. L'annonce vendredi d'un plan de soutien de 24,5 milliards d'euros au système bancaire de l'Est par la Banque mondiale, la BEI et la BERD vient à point nommé. Mais il ne saurait constituer qu'un premier pas. L'Autriche, dont les banques ont les plus importants engagements étrangers dans la région, milite depuis fin janvier pour un plan d'aide de l'ordre de 100 milliards d'euros pour la consolidation du secteur financier à l'Est. Pour Robert Zoellick, pas moins de 120 milliards d'euros pour recapitaliser leurs banques seraient nécessaires. L'enjeu est énorme. Sans quoi les élargissements de 2004 et 2007 qui ont mis fin à la division de l'Europe, contribué à consolider la démocratie et offert des avantages économiques à tous les pays de l'Est pourraient être sérieusement remis en question. De ce fait, l'échec à mettre en place un plan de sauvetage global, le week-end dernier à Bruxelles par les Vingt-Sept n'est pas une bonne nouvelle.

                                                         Richard Hiault

Source. Les Echos 3 mars 2009.
 est chef du service International des « Echos ».

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commentaires

Alain TEXIER 07/03/2009 18:22

Merci de votre aide continuée.

Saint Michel Archange 06/03/2009 10:28

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