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  • : Le royalisme providentialisme a beau tenir une place importante dans ma vie, il ne m'empêche pas de m'interesser à l'histoire connue - et celle plus cachée- de mon pays. L'humour a aussi sa place dans les pages mise en ligne.
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5 avril 2009 7 05 /04 /avril /2009 09:21

   La nouvelle est tombée cette semaine : l‚INRAP (Institut national des recherches archéologiques préventives), a découvert au Mans un charnier rassemblant les victimes ˆ surtout des femmes ˆ d‚une tuerie « bleue ». Les corps des Vendéens portent les traces d‚un acharnement visible. Nous avons demandé à l‚historien Reynald Secher, docteur ès lettres, de commenter cette mise au jour.

Présent. Que faisaient ces Vendéens au Mans ?
Pour comprendre la découverte de ces charniers au Mans, il est nécessaire de rappeler ce qu‚a été la guerre de Vendée. Tout commence par une insurrection générale provoquée par la politique liberticide de la Convention notamment vis-à-vis de la religion. L‚insurrection n‚est pas propre à la Vendée car on peut considérer qu‚au moins 60% du territoire national est en lutte armée contre Paris. La rébellion vendéenne va durer etc‚est ce qui fait la différence. Cette guerre civile débute en mars 1793.
      Elle se décompose en trois grandes périodes.La première, qui va de mars au 29 juin 1793, est un succès. Tout change avec l‚échec de la prise de Nantes . Cette deuxième période correspond à un rééquilibre des forces en présenceavec une grande nuance car très tôt, les républicains s‚imposent sur le territoire de la Vendée. C‚est si vrai que les Vendéens pensent qu‚ils n‚ont pas d‚autre choix que de traverser la Loire et d‚essayer de s‚unir avec lesBretons, les Mainiots et les Normands : c‚est ce qu‚on appelle la Virée deGalerne qui va durer du 18 octobre à Noël 1793. Défaites ou victoires, là encore le rapport de force est défavorable aux Vendéens. Sur le chemin duretour, les Vendéens, harcelés, prennent Le Mans mais ne peuvent tenir la ville et doivent repartir vers la Loire. Ne restent que les malades, un certain nombre de femmes et d‚enfants car épuisés. L‚épisode est connu etles quelques témoignages qui nous sont parvenus, tant des Bleus que des Vendéens, sont unanimes : l‚armée, en arrivant dans la ville est sans pitiéet massacre tout le monde, femmes, enfants, vieillards, Bleus comme Blancs conformément aux ordres.
    La suite, on la connaît. Les survivants, en grande
partie, vont se faire massacrer à Savenay. Le rapport de Westerman, ungénéral bleu, est très précis : « Il n‚y a plus de Vendée, citoyens républicains, elle est morte sous notre sabre libre avec ses femmes et ses enfants. Je viens de l‚enterrer dans les marais et les bois de Savenay.Suivant les ordres que vous m‚avez donnés, j‚ai écrasé les enfants sous les pieds des chevaux, massacré les femmes qui, au moins pour celles-là, n‚enfanteront plus de brigands. Je n‚ai pas un prisonnier à me reprocher. J‚a itout exterminé. »
   Ce texte se passe de commentaire. J‚ai eu l‚occasion de m‚entretenir au sujet de la Virée de Galerne avec un membre du Souvenir vendéen, Pierre Gréau, un homme remarquable, de surcroît bon historien, qui avait fait le trajet à pied, en 2003, suivant le même calendrier. J‚ai été bouleversé par ce qu‚il m‚a raconté, de la souffrance infinie de ces hommes, de ces femmes, de ces enfants traqués, affamés, épuisés qui ont marché 1000 kilomètres, pendant deux mois pour échapper à un destin qui les a rattrapés d‚une manière si cruelle. Je ne peux que vous conseiller de le lire ou d‚ aller à une de ses conférences.


Si l‚on en croit le (rapide) descriptif : « Hormis un enfant et deux adolescents, les sujets inhumés étaient tous des adultes, dont de nombreuses femmes. Les restes portaient les „stigmates osseux d‚un véritable acharnemen à l‚arme blanche, fractures de fémurs et de radius, mandibule tranchée, maxillaire coupé, omoplate percée. Un seul impact d‚arme à feu a été décelé. »

Présent. Cette violence barbare (femmes et enfants en outre) était-elle fréquente ? Les colonnes infernales ne prenaient-elles pas l‚habitude d‚exécuter, au contraire, au plus vite ?
     Ce descriptif est intéressant à plusieurs titres. Je comprends qu‚il puisse surprendre en raison du caractère du massacre. Il ne faut oublier ni le contexte ni les ordres. Les Conventionnels ont décrété l‚extermination. Il est difficile, surtout avec les armes de l‚époque, de tuer par balle à bout portant notamment dans des rues étroites ou au sein de refuges. La seule solution est le recours à l‚arme blanche, aux crosses des fusils etavec les conséquences que l‚on voit ici. Dans mes différents ouvrages et notamment dans Le génocide franco-français : le Vendée-Vengé, j‚ai été très précis à ce sujet. On a un certain nombre de textes contemporains sur cette question. Ce qui me surprend dans cette découverte est la surprise des archéologues et des journalistes qui écrivent sur le sujet.

Présent. Peut-on justement attribuer cette tuerie aux colonnes infernales ? Sinon,de qui serait-elle le fait ?
    Les colonnes infernales ne sont pas concernées par cette tuerie pour la simple raison qu‚elles n‚existent pas. En effet, elles n‚ont été constituées qu‚un mois plus tard. Pour autant, cela ne veut pas dire que l‚on neretrouve pas ces soldats au sein des colonnes.

Présent. Pouvez-vous nous préciser la différence qu‚il y a entre 1793 et 1794.
     1793 est une année de guerre civile. 1794 est l‚année de la mise en œuvre du génocide. Tout a commencé par un mot, celui de Barrère : exterminer. Ensuite, trois lois ont été votées. La première date du 1er août 1793. Elle prévoit l‚anéantissement de la Vendée, la déportation des femmes et des enfants et le massacre des hommes. En raison de l‚échec de cette politique, les Constituants votent une deuxième loi, le 1er octobre 1793, qui prescrit l‚extermination de tous les brigands. Ce mot, à première vue, est ambigu et des généraux chargés de l‚opération de « nettoyage » demandent une ;définition plus précise. Celle donnée se veut claire : les Conventionnels exigent que l‚on tue tout le monde, Bleus et Blancs confondus. La troisième loi, prise le 7 novembre, se situe dans cette logique : la Vendée est débaptisée et renommée département Vengé d‚où le sous-titre de mon livre.
Restait à mettre enouvre cette politique : ce sera l‚affaire du général Tureau. En effet, tous les moyens utilisés, gaz, mines, noyades, fusillades ayant été des échecs, il a fallu rationaliser le système au nom de l‚ efficacité.
   Le  plan dit de Tureau dont on a l‚original, écrit de sa propre main le 24 janvier 1794, aux Archives du Fort de Vincennes est sans aucuneambiguïté : « Citoyens représentants. J‚ai commencé l‚exécution du plan que
j‚avais conçu de traverser la Vendée. Si mes intentions sont bien secondées, il n‚existera plus dans la Vendée, sous quinze jours, ni maisons, ni subsistances, ni armes, ni habitants que ceux qui, cachés dans le fond des forêts, auront échappé aux plus scrupuleuses perquisitions. »
    Tureau n‚est ni fou ni sadique : c‚est un simple exécutant, sans aucun état d‚âme comme on en verra beaucoup par la suite. Le procès Douch, au Cambodge, est intéressant à ce sujet tout comme celui des nazis.


Présent. Peut-on parler de génocide en Vendée ?
    En France, on connaît mal le droit international à ce sujet, dont le fondement a été la Convention de Nuremberg. Pour la première fois, grâce à un juif polonais, Lemkin, on a défini juridiquement ce genre de crime contre l‚humanité. En fait, il existe trois crimes de génocide : la conception, ou/et la réalisation, ou/et la complicité dans la conception ou la réalisation de l‚extermination partielle ou totale d‚un groupe humain de type ethnique, racial, religieux ou politique. En Vendée, on a ces trois génocides et les Vendéens constituent bien un groupe humain de type politique et religieux. Mieux, la Vendée est la matrice de tous les génocides contemporains avec deux nuances : on a tous les documents, lois, rapports, ordres, descriptions. Qui plus est, c‚est la première fois dans l‚ histoire de l‚humanité qu‚un peuple souverain conceptualise et exécute l‚ anéantissement et l‚extermination de lui-même.

Présent. Qu‚entendez-vous par mémoricide, mot que vous avez inventé et que vous utilisez de plus en plus souvent pour la Vendée notamment à travers l publication de La guerre de la Vendée et le système de dépopulation paru il y  a quatre mois au Cerf et qui est un incroyable succès de librairies ?
    Pour moi, il y a un quatrième crime de génocide, le crime contre la mémoire des événements. Là encore, la Vendée est une matrice car depuis deux cents ans tout a été fait pour nier,justifier,relativiser le génocide vendéen. Avec le recul, on ne peut qu‚être choqué de voir que les mêmes méthodes, les mêmes moyens, les mêmes mots sont utilisés par les négationnistes des génocides arménien, juif .L‚histoire bégaie comme elle a bégayé hier, c‚est-à-dire avant 1940, lorsque certains essayaient d‚attirer l‚attention des journalistes et des politiques sur la politique hitlérienne vis-à-vis des juifs. Pour celui qui sait lire les tendances lourdes, on ne peut qu‚être inquiet de ce qui se passe de nos jours. Malheureusement, nousrefusons de tirer les leçons de l‚histoire.

Présent. Que va-t-il advenir de ces restes humains ?
   Ce n‚est pas à moi qu‚il faut poser cette question mais au maire du Mans. Je ne le connais pas, mais je trouve que sa réaction est d‚une extrême délicatesse. Les fouilles ont été faites avec soin par des archéologues compétents. Le matériel trouvé est en cours d‚expertise avec des moyens modernes : grâce à cela, nous pourrons avoir des conclusions sérieuses, sans passion, tant sur les conditions de mort que sur les origines des hommes et des femmes concernés. Quant à la suite, plusieurs solutions s‚offrent : l‚ enfouissement sur place avec un monument ou le retour en Vendée militaire comme le maire l‚a proposé.

Présent. Que serait pour vous l‚idéal ?
   En tant qu‚historien et Vendéen, je répondrais : les deux solutions. On pourrait très bien imaginer un mémorial au Mans et des mémoriaux similaires dans les quatre départements concernés par la Vendée militaire c‚est-à-dire la Vendée, la Loire-Atlantique, les Deux-Sèvres et le Maine-et-Loire avec des ossements dans chacun. Qui peut revendiquer ces corps sinon tous les Vendéens et je crois qu‚avec cette solution, on ferait oeuvre de mémoire et de réparation.

Propos recueillis par Olivier Figueras

 Le Génocide franco-français : la Vendée-Vengé, chez Perrin ; La Guerre de la Vendée et le système de dépopulation, au Cerf .
U n DVD Guerre deVendée, combat de géants, chez RSE.
Vous pouvez retrouver tous les ouvrages de Reynald Secher sur
Source.

Article extrait du n° 6815 de Présent
du Samedi 4 avril 2009
http://www.present.fr/

Voir aussi sur notre  blog (Charte de Fontevrault):
GUERRES DE VENDEE : Au sujet  des charniers découverts au Mans.(I.II.III.IV)

http://charte.de.fontevrault.over-blog.com/article-28071327.html
http://charte.de.fontevrault.over-blog.com/article-29688345.html
http://charte.de.fontevrault.over-blog.com/article-29732656.html
http://charte.de.fontevrault.over-blog.com/article-29782229.htm
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