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  • : Le royalisme providentialisme a beau tenir une place importante dans ma vie, il ne m'empêche pas de m'interesser à l'histoire connue - et celle plus cachée- de mon pays. L'humour a aussi sa place dans les pages mise en ligne.
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5 juillet 2009 7 05 /07 /juillet /2009 15:44
Vatican, un Etat d'âmes

    L’Etat de la Cité du Vatican célèbre en cet an de grâce 2009 un double anniversaire : celui de sa fondation (en 1929) et celui de son souverain pontife, Benoît XVI. A 80 ans, autant l'Etat que son chef se portent comme des charmes. Une étude du Jane’s Information Group de Londres place même le Vatican au pinacle du “Top 50 des pays les plus riches et les plus prospères”, loin au-dessus de la Belgique (25è), France (22è), le Canada (23è) et la Suisse (17è)…
        Plutôt que ce flamboyant résultat économique, le Saint-Père, humilité évangélique oblige, n’a évoqué, le 14 février, qu’ “un point presque invisible sur les mappemondes”, un “petit Etat sans défense, privé d’armées redoutables et pas toujours compris” mais qui n’en est pas moins “un centre de rayonnement que l’on regarde avec beaucoup d’attention”. Un Etat que son prédécesseur, le pape Pie XI, a voulu “le plus petit possible” afin de manifester que l’Eglise ne briguait nul pouvoir temporel mais juste de quoi assurer une assise territoriale souveraine et totalement libre au Saint-Siège.

   Rien qu’”un petit lopin de terre”, insista Pie XI auprès du Président du Conseil italien, Benito Mussolini,“le minimum de corps nécessaire pour abriter l’âme”, asseoir le pouvoir abstrait, virtuel et vertueux, de l’Eglise catholique. Soit à peine 44 hectares, pas un empan de plus, 0,5 km2 pour fixer le siège saint d’un souverain de droit absolu et divin.
    Le statut du Saint-Siège, Eglise-Etat autant qu’ Etat-Eglise, a été taillé sur mesure au sein de la famille des Nations-Unies. Il est, cas unique, observateur permanent, sans droit de vote mais autorisé à assister à toutes les réunions, consulter les documents s’y référant,  faire circuler des mémoires, être invité à prendre la parole pour   apporter au débat une dimension spirituelle et morale.
Ce statut d’Etat-Eglise admis dans les arcanes internationales ne va pas sans soulever l’opposition de beaucoup d’ONG qui dénoncent un privilège indu. C'est que, comme à la FAO, à l’OMS, à l’UNESCO, à l'UNHCR et à autant d’autres organismes de l’ONU, la papauté siège en délégué aussi bien à l’OUA, à la Ligue arabe, à l’OMC qu’à l’UE –sans en être membre- et même à l’AIEA (Agence Internationale pour l’Energie Atomique) ! Enfin, inscrit au patrimoine artistique mondial de l'UNESCO le 21 septembre 1984 par un vote unanime, le Vatican accède au rang de véritable Etat-symbole : sujet de droit international, acteur de la politique mondiale, son territoire se voit de surcroît consacré patrimoine spirituel, artistique et culturel devant être respecté et protégé au titre de trésor de l’humanité.

    Etat-Monde, le Saint-Siège n’utilise pas moins de quatre langues officielles : le latin pour l’Eglise catholique, l’italien pour la Cité du Vatican, le français pour la diplomatie, l’allemand pour la Garde Suisse, la plus petite (101 soldats et officiers) et la plus ancienne armée du monde, en charge de la protection rapprochée du souverain pontife. Outre les gardes suisses, la gendarmerie pontificale (130 hommes) vient de sceller un accord avec Interpol et de mettre sur pieds une unité antiterroriste.
    Par quel “miracle à l’italienne”, le Vatican a-t-il pu se hisser en moins d’un siècle au rang d’acteur international unanimement respecté? Quelle autre religion aurait-elle seulement songé, ou même rêverait, d’accéder à un tel privilège? Le plus miraculeux étant qu’aucune d’entre elles n’ait jamais contesté à l’Eglise catholique ce régime de faveur sans équivalent dans l’histoire.
    Nous sommes loin de cette Eglise qui, depuis le IVè siècle, n’avait de cesse d’interférer dans le jeu des alliances dynastiques et rivalités entre royaumes. Dès la Paix de Westphalie (1648), elle a dû admettre sa mise à l’écart politique par l’essor des Etats-Nations modernes, dont le commun caractère “Chrétien” allait s’estomper au profit de l’identité “nationale” irréductible de chacun d’entre eux.

    La papauté –ce monstre “crée par le Diable” selon Luther- ne semblait plus avoir alors d’autre choix qu’entre délaisser le trône pour l’autel ou dépérir. Fragilisé par la Réforme protestante, discrédité par les philosophes des Lumières, conspué par les intellectuels qui lui reprochaient son refus intransigeant du “progrès”, le pape se résigna à cantonner son pouvoir temporel, afin de mieux le sauvegarder, aux Etats Pontificaux –Rome, Naples, le littoral romain, en tout plus de 28000 km2- soit “grosso modo” la taille de l’Albanie ou de la Belgique.En vain, car il ne pût empêcher l’entrée triomphale l’automne 1870 du roi Victor Emmanuel à Rome qu’il déclara aussitôt “capitale” de l’Italie “unifiée”.Le pouvoir temporel du pape désormais battu et réfugié “prisonnier” au Vatican –son ex-palais le Quirinal deviendra le siège du chef de l’Etat italien- aura vécu.

     L’extension des feux de la première Guerre mondiale fragilisa encore plus l’espoir d’un retour en grâce –politique- de la papauté.L’Italie insista pour la marginaliser et le brave pape Benoît XV dont le “plan de paix” passa quasi inaperçu ne fut même pas invité à assister aux conférences de paix. Mais il en fallait plus pour dissuader l’évêque de Rome, le Primat d’Italie, le Patriarche de l’Occident devant l’Eternel, d’abdiquer sur ce qu’il estimait être son droit et sa vocation : faire entendre la voix de l’Eglise dans le concert des nations modernes.Léon XIII en comprit l’enjeu –épouser l’esprit du siècle ou répudier l’histoire- qui incita les catholiques français à rallier la République, appel historique lancé en 1890 lors du fameux “toast d’Alger” par le cardinal Lavigerie.
     Même si la loi de Séparation de 1905 en France porta un rude coup aux relations entre le Saint-Siège et la Fille Aînée de l’Eglise –Rome rompit les relations diplomatiques avec Paris- la papauté avait déjà pris la mesure de la marche du monde : sécularisation inexorable de l’Europe, déseuropéanisation de la religion catholique, mise en mouvement de l’humanité non-chrétienne… Voilà l’air du temps nouveau que sut “flairer” Pie XI... pour insuffler un regain d’influence au Saint-Siège. Et d’abord en Italie via les Accords du Latran, paraphés le 11 février 1929, puis peu à peu sur l’ensemble de la planète.

    Pie XII continuera d’impliquer le Saint-Siège dans la trame de la vie internationale.Son successeur Jean XXIII ira encore plus loin en ouvrant début 1959, l’immense chantier du concile Vatican II, une étape cruciale sur le chemin oecuménique puisque la papauté admet pour la première fois qu’il y aurait un salut en dehors d’elle, innocente les Juifs, exprime son “respect” pour l’islam et les autres croyances religieuses ou philosophiques. Paul VI, premier pape à voyager hors l’Italie –Jérusalem en 1964, Inde, Ouganda- prêchera depuis la tribune des Nations-Unies au nom d’une Eglise “experte en humanité”.Jean-Paul II, l’”Athlète de Dieu”, mettra la touche finale à la légitimité pleine et entière de l’Etat de la Cité du Vatican dans la communauté des nations.Il aura pas posé son bâton de pèlerin dans pas moins de 129 pays sur les cinq continents et parcouru 1 163 835 km, soit 28 fois le tour terre et presque trois fois la distance entre la terre et la lune !

      La sphère internationale est donc celle où le Saint-Siège s’octroie le droit et même le devoir d’intervenir dans les affaires du monde. Et, habilement, il n’y plaide pas, tant s’en faut, seulement pour sa chapelle.N’ayant pas d’intérêt géopolitique “profane” à préserver, il se consacre moins à résoudre les conflits qu’à aider à “construire un monde plus juste et plus fraternel”, sans distinction de régime politique, de religion ou de doctrine.Ne vit-on pas Jean-Paul II dénoncer avec une même rigueur et l’embargo imposé par les Etats-Unis contre Cuba et l’invasion de l’Irak au printemps 2003 par une “Coalition” conduite par Washington? Répudiant la guerre, la papauté défend une sorte de sainte trinité laïque : la communauté des nations, le droit international,la Charte des Nations-Unies.Don du Ciel ou fruit d’une habile et constante opération de relations publiques internationales, l’Eglise catholique aura gagné ce privilège unique d’avoir le droit de prêcher “sa” bonne parole “urbi et orbi”, pour “la ville et pour l’univers”.
  « Quid » de Benoît XVI? Va-t-il continuer l’insertion de l’Eglise dans dans une tunique internationale dont la bigarrure s’étoffe au rythme endiablé de la “globalisation” ou y mettre un bémol afin d’en revivifier les “racines” et l’”identité” que mettrait en péril un prétendu “relativisme” religieux et culturel dont il ne cesse de déplorer l’emprise sur l’esprit du temps? La question nourrit déjà débats, controverses et polémiques, et pas seulement au sein de l’Eglise et parmi les catholiques.

Origine.
http://blogs.tv5.org/deus_ex_machina/2009/03/vatican-un-etat-dâmes.html

NDLRB.

Le journal "Présent" me paraît avoir été un des rares journaux papier a  àvoir  consacré  un  (long) article au 80 éme anniversaire de l’Etat  du Vatican .( Présent du 13 juin 2009 p. 8 Il l’a fait  dans la page intitulée « Dieu premier servi »… ce qui est  encore une originalité de ce périodique.
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