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  • : Le royalisme providentialisme a beau tenir une place importante dans ma vie, il ne m'empêche pas de m'interesser à l'histoire connue - et celle plus cachée- de mon pays. L'humour a aussi sa place dans les pages mise en ligne.
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2 septembre 2009 3 02 /09 /septembre /2009 09:51

" Je pense que parfois les esprits moyens, les caractères moyens, s'affolent à l'idée qu'ils accèdent sur le plan de l'histoire, pour lequel ils n'ont aucune disposition. Cela explique ce que la conduite de ces malheureux a volontiers d'ignoble ou d'atroce, qualificatifs hors de proportion avec des êtres d'aussi basse qualité.

     Il faudrait examiner sous ce jour la Révolution française (et la révolution russe) ; c'est à-dire la considérer non comme une épopée, dont les héros sont des « géants », mais comme une mascarade de nains jouant aux héros, et s'ensanglantant de plus en plus, à mesure qu'ils se sentent dépassés par les catastrophes dont ils se sont crus les ordonnateurs" .

 

Origine; Robert Poulet; " Ce n'est pas une vie", Denoël, 1976

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commentaires

Gaudin 02/09/2009 10:46

Encore Céline, mais qui mieux que Céline a analysé notre société ?

Mirabeau criait si fort que Versailles eut peur. Depuis la Chute de l'empire romain, jamais semblable tem¬pête ne s'était abattue sur les hommes, les passions en vagues effrayantes s'élevaient jusqu'au ciel. La force et l'enthousiasme de vingt peuples surgissaient de l'Europe en l'éventrant. Ce n'était partout que remous d'êtres et de choses. Ici, tourmentes d'intérêts, de hontes et d'orgueil; là-bas, conflits obscurs, impéné¬trables; plus loin, héroïsmes sublimes. Toutes possi¬bilités humaines confondues, déchaînées, furieuses, avides d'impossible couraient les chemins et les fon¬drières du monde. La mort hurlait dans la mousse sanglante de ses légions disparates; du Nil à Stockholm et de Vendée jusqu'en Russie, cent armées invoquè¬rent dans le même temps cent raisons d'être sauvages. Les frontières ravagées, fondées dans un immense royaume de Frénésie, les hommes voulant du progrès et le progrès voulant des hommes, voilà ce que furent ces noces énormes. L'humanité s'ennuyait, elle brûla quelques Dieux, changea de costume et paya l'His¬toire de quelques gloires nouvelles.

Et puis, la tourmente apaisée, les grandes espé¬rances ensevelies pour quelques siècles encore, cha¬cune de ces furies partie «sujette» pour la Bastille en revint «citoyenne» et retourna vers ses petitesses, épiant son voisin, abreuvant son cheval, cuvant ses vices et ses vertus dans le sac de peau pâle que le Bon Dieu nous a donne.

En 93, on fit les frais d'un Roi.

Proprement, il fut sacrifié en place de Grève. Au tranchant de son cou, jaillit une sensation nouvelle: l'Egalité.

Tout le monde en voulut, ce fut une rage. L'Homi¬cide est une fonction quotidienne des peuples, mais, en France tout au moins, le Régicide pouvait passer pour neuf. On osa. Personne ne voulait le dire, mais la Bête était chez nous, aux pieds des Tribunaux, dans les draperies de la guillotine, gueule ouverte. Il fallut bien l'occuper. La Bête voulut savoir combien le Roi vaut de nobles. On trouva que la Bête avait du génie.

Et ce fut dans la boucherie une surenchère formi¬dable. On tua d'abord au nom de la Raison, pour des principes encore à définir. Les meilleurs usèrent beau¬coup de talent pour unir le meurtre à la justice. On y parvint mal. On n'y parvint pas. Mais qu'importait-il au fond? La foule voulait détruire et cela suffisait. Comme l'amoureux caresse d'abord la chair qu'il convoite et pense à demeurer longtemps à ces aveux, puis malgré lui, se hâte... ainsi l'Europe voulait noyer dans une horrible débauche les siècles qui l'avaient élevée. Elle voulait cela encore plus vite qu'elle ne l'imaginait.

Il ne convient pas plus d'irriter les foules ardentes que les lions affamés. On se dispensa donc de chercher désormais des excuses pour la guillotine. Machinalement, une secte entière fut désignée, tuée, débitée comme de la viande, plus l'âme.
La fleur d'une époque fut hachée menu. Cela fit plaisir un instant. On aurait pu en rester là, mais cent passions qui bâillaient d’ennui devant la lenteur de cette minutie, un soir de dégoût renversèrent l'échafaud.
Du coup, vingt races se précipitèrent dans un affreux délire, vingt peuples conjoints, mêlés, hostiles, noirs ou blancs, blonds et bruns, se ruèrent à la conquête d'un Idéal.
Bousculés, meurtris, soutenus par des phrases, guidés par la faim, possédés par la mort, ils envahirent, pillèrent, conquirent chaque jour un royaume inutile que d’autres perdraient demain. On les vit passer sous toutes les arches du monde, tour à tour, dans une ronde ridicule et flamboyante, déferlant ici, battus là-bas trompés partout, renvoyés sans cesse de l’inconnu au Néant, aussi contents de mourir que de vivre.
Au cours de ces années monstrueuses où le sang flue, où la vie gicle et se dissout dans mille poitrines à la fois, où les reins sont moissonnés et broyés sous la guerre, comme les raisins au pressoir, il faut un mâle.
Aux premiers éclairs de cet immense orage, Napoléon prit l'Europe et, bon gré, mal gré, la garda quinze ans.

Lentement, on se reprit à croire au beau temps, à la paix. Puis on la désira, on l'aima, on finit par l'adorer, comme on avait adoré la mort, quinze ans plus tôt. Assez vite on se mit à pleurer sur le malheur des tour¬terelles avec des larmes aussi réelles, aussi sincères que les injures dont on criblait, la veille, la charrette des condamnés. On ne voulut plus savoir que dou¬ceurs et tendresses. On proclama sacrés les époux attendris et les mères attentives avec autant de décla¬mations qu'il en avait fallu pour décapiter la Reine. Le monde voulait oublier. Il oublia. Et Napoléon, qui persistait à vivre, fut enfermé dans une île avec un cancer.
Les poètes réorganisèrent leurs cohortes alarmées, cent mignardises furent dites en un jour de printemps pour la volupté des âmes sensibles. On créait avec autant d'outrance qu'on avait détruit. Un souffle de tendresse caressa les tombes innombrables. La clo¬chette ne quitta plus le cou des petits moutons. Sur tous les ruisselets des vers furent murmurés. Il ne fal¬lait pas plus d'une marguerite a déclose pour qu'une demoiselle vraiment sentimentale fondît en pleurs. Et pas plus que cela pour qu'un homme de bien en tom¬bât amoureux pour la vie.

C'est vers cette époque de convalescence, dans une des villes les plus colorées du monde, que naquit Ignace Philippe Semmelweis, quatrième fils d'un épicier….

Extrait de « Semmelweiss », thèse de doctorat de Louis-Ferdinand Céline.