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  • : Le royalisme providentialisme a beau tenir une place importante dans ma vie, il ne m'empêche pas de m'interesser à l'histoire connue - et celle plus cachée- de mon pays. L'humour a aussi sa place dans les pages mise en ligne.
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26 octobre 2009 1 26 /10 /octobre /2009 07:33

     Il ne  voyait rien, avait-il d’ailleurs jamais  vu ? Il donnait l’impression  de  mendier son pain quotidien, mais il avait  faim aussi  d’une réalité moins  visible même  s’il n’arrivait pas à le formuler d’une façon aussi nette.

    Et à la demande du Christ « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » il avait répondu « Rabbouni, que je voie ».Peut-être, après tout ne demandait-il que  du pain pour nourrir son corps fatigué  ? Hé  bien, il allait  voir le boulanger. Peut-être  ne demandait-il que de l’eau pour laver ses  paupières blessées  ?  Coup de chance, Il était devant la source.

   Je vais vous donner l’absolution et, comme pénitence, vous  méditerez cet extrait  de l’évangile selon saint Marc : Bartimèe, fils de Timee. Courbé sur le prie-Dieu dans la chapelle de la  Vierge, bas-côté gauche de l’église Notre-Dame de Bordeaux  au cœur  du « triangle d’or » de la métropole  girondine, le Chrétien en travail opina du chef.

   Il n’était pas sûr  du tout que le pénitent  de ce samedi après-midi trouve à se confesser  un bon quart d’heure avant 18 heures. Dans un certain nombre de cas, les prêtres sont là plutôt en début  d’après-midi et, dans le  reste des hypothèses, plutôt en fin … Entre les deux  horaires, pas toujours et pas partout. L’ange gardien de l’homme agenouillé, la tête inclinée et les yeux mi-clos, peut être pour être plus sûr de ne pas  croiser le regard de son confesseur, avait  fait très fort, comme d’habitude.

     La Mission de l’ange –  et il l’avait  acceptée- présentait certains des traits d’une mission impossible

    D’abord faire accepter  à l’épouse qu’elle finisse ses  courses, il est  vrai  de nature plutôt  « vestimentaires » toute seule.

   Ensuite faire en sorte  que la  shopping partie en cours, plutôt erratique au rythme des boutiques, trouve son aboutissement – temporaire – à deux pas de la majestueuse  église  de style classique. Une  idée  simple s’était  fait jour  dans l’esprit du promeneur redevenu – pour un temps- solitaire, passer par Notre-Dame (1707) de l’autre  côté du passage Sarget . Y passer pour prier  un peu d’accord , peut –être pour  s’y confesser aussi… À ce moment, les  risques étaient  faibles  se  disait-il, content de se rassurer ainsi  à peu de frais.

   Enfin, mettre un prêtre à disposition avec  peu de pénitents en attente et  ce, dans une relative discrétion puisque ce prêtre –ci ne faisait pas usage du confessionnal, il est  vrai de taille assez  inadaptée au gabarit- physique- des Chrétiens de nos jours. « Je suis là pour  ça » avait –il répondu à la demande instante de secours spirituel à lui formulée.

   « Bartimée, le fils de Timée, était assis au bord de la route ». Nous pourrions être debout il est vrai, mais la recherche de tant de choses  inutiles  nous épuise à un point tel que nous nous asseyons souvent  alors que nous  pourrions essayer de temps à autre de nous  agenouiller  au moins de temps à autre.

   Apprenant  que c’était Jésus de Nazareth, il se mit à crier « Jésus, fils de David, aie pitié de moi ». Le bordelais d’adoption  n’avait pas  crié  sa  demande de pardon , mais du  moins l’avait-il- formulé à haute et intelligible voie.

   « Beaucoup de gens l’interpellaient vivement pour le faire taire ». La  confession fréquente est un exercice difficile. Ses fruits ne  sont pas  toujours perceptibles ni par  le bénéficiaire qui aimerait  sans  doute que  ses progrès en  soient  plus perceptibles, encore  qu’il ne tienne  qu’à lui… Ses fruits ne  sont pas  toujours perceptibles, non plus, pour  ses frères.  qui peuvent légitiment   se demander pourquoi un homme   qui reçoit tant  et  de  si fréquentes lumières  ne brille-t’il   que  d’un éclat aussi atténué et discontinu.

   « L’aveugle  jeta son manteau, bondit et  courut vers Jésus » tout  ceci, sans  rien voir, on le rappelle. Là aussi la méditation pouvait  fournir des fruits abondants. Nous sommes attachés  à ce  que nous avons, à ce  que nous faisons, à ce  que nous avons  bâti, cela paraît  naturel. Précisément, c’est  naturel alors que nous devrions rechercher le  surnaturel, ou du moins  ce qui  pourrait nous  élever au-dessus de notre nature si  … naturelle. Dès lors, nous devons, nous aussi, jeter notre manteau, image de  ce qui nous entrave ici-bas. Aucun  risque de prendre froid, la  course  vers le maître « Rabbouni » nous réchauffera. Bondir, oui bondir comme la  biche assoiffée vers la  source d’eau fraîche, comme la Madeleine éplorée tendant ses bras  vers le jardinier du premier matin du monde, « Seigneur, est-ce donc  bien  vous  vraiment » ? Bondir, comme le   prince des apôtres  brisé par son triple reniement « Seigneur  toi qui sais  tout, tu sais  bien que je t’aime » Bondir et  courir  vers Lui.

  « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » Même quand  nous avons l’impression de faire quelque  chose  pour Lui parce qu ‘après tout, lorsque nous nous  confessons  c’est aussi pour nous sentir  un peu moins indigne de son amour, même  donc  quand nous  croyons lui offrir  quelque  chose, c’est  toujours Lui qui offre, qui octroie et  qui comble « Que veux-tu que je fasse pour toi » 

   «  Rabbouni, que je  voie » . il est des endroits plus inadaptés à des actions de grâce  que l’ancienne  église gothique Saint-Eloi sise  dans la  rue éponyme à quelques centaines de mètres de la Garonne.  Voilà plus de deux  siècles  que dans ce vaisseau échoué, à la  double nef  aux  tombeaux   de marbre  encastrés dans les murs martyrisés  par des vandales  , vandales  à qui il n’a manqué peut –être que de se trouver  sur le chemin du Maître, voilà donc plus de  deux  siècles qu‘il ne se trouvait plus ici, ni prêtre, ni autel, ni victime.

       Il n’y avait plus  que  moi  qui n’avait  sans  doute jamais été aussi peu solitaire et  qui, la tête  enfin  levée  vers les  voûtes, sentait  chanter en lui : « Seigneur plus me plait  un jour passé dans tes parvis  que mille loin de tes demeures » !

                                                                     Alain TEXIER.

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commentaires

Gaudin 26/10/2009 10:25


Bravo. G.