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  • : Le royalisme providentialisme a beau tenir une place importante dans ma vie, il ne m'empêche pas de m'interesser à l'histoire connue - et celle plus cachée- de mon pays. L'humour a aussi sa place dans les pages mise en ligne.
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25 décembre 2010 6 25 /12 /décembre /2010 22:15

La Croix du Prêtre

 

                                                                       I

     Cet hiver de 1828 avait été terrible  dans la montagne limousine, longtemps  la neige était  restée.

 Au pied  de la grande  croix qui se dressait alors  tout en en haut de la lande  qui domine le village d’Augerolles, on  avait  fait  au dégel une  bien macabre découverte.

   Qui aurait pu reconnaître  ce cadavre, atrocement mutilé, à demi dévoré par les loups ? Seul signe, à la vérité  bien étrange, un précieux  chapelet  aux grains de nacre  et à la croix d’or enserrait encore ce  qui avait été un poignet.  Cela avait pourtant suffit  au vieux curé de Saint-Pardoux  pour reconnaître  l’Abbé X…, l’ancien desservant de la chapelle du Breuil. Il avait été, tout le monde s’en souvenait, objet de scandales, mais plus de trente ans étaient passés et le vieux prêtre, qui en avait tant  vu, ne crut pas devoir refuser  des obsèques religieuses  ni la terre  consacrée du cimetière paroissial.

 

II

  Aujourd’hui, au Breuil, ne subsiste  que l ‘ancien  presbytère, élégant  petit bâtiment  du XVI e siècle. On croit deviner  encore ce qui avait été le  cimetière, modeste enclos où règnent désormais ronces et  broussailles. Pour ce qui est  de l’église  ou plutôt de la chapelle  du très ancien prieuré, il n’en reste plus  trace  et nul ne pourra  même  vous en désigner l’emplacement.

  Dans l’avant-dernière  décennie du XVIIIe, l’Abbé X. avait été nommé ici. Ce jeune prêtre, mince et presque élégant, malgré la modestie de sa mise, avait d’abord surpris, mais paradoxalement, sa douceur et sa candeur  même avaient  conquis  des villageois auxquels il ne fallait pourtant pas en compter.

  A moins d’une lieue du Breuil  était alors Alesmes. Il y a quelques années  subsistaient encore  sous les couverts des ruines informes. Mais depuis les pierres sont parties pour construire ailleurs.

  Dès lors il est difficile d’imaginer  que ce tout petit village, comme on dit chez nous  où le terme de « hameau »  est ignoré, avait   compté  jusqu’à trois métairies. Une assez belle bâtisse  abritait le maître des lieux. Maison à tour escalière, plus vaste que bien entretenue, et, qu’avec bonne volonté, on baptisait  du nom de château.

 

III

  La  vivaient  à l’époque dont nous parlons, Madame de …, jeune veuve  contrainte de demeurer, faute de moyens, au fond de la province  Marchoise, avec sa fille, Marie-Celeste, encore enfant. On disait   que le défunt mari, joueur impénitent, avait  dilapidé  toute sa fortune, jusques  et y compris la dot de son épouse, dont ne subsistait plus  que le domaine d’Alesme.

  Les deux femmes  étaient assidues  aux offices du breuil  dont le desservant  devint leur invité  chaque dimanche après la grand’ messe.

  Peu à peu, l’abbé X.  avait pris, à vrai dire fort discrètement, ses habitudes au château  et  on avait été  bien aise  de pouvoir  compter sur lui  pour  donner à Marie-Céleste  quelque  instruction.

   L’abbé avait aussi veillé particulièrement à ce qu’elle prépare sérieusement sa première  communion qu’elle devait  faire au printemps, en compagnie  des autres enfants de la paroisse.

    Une grande et belle amitié devait naître entre cette petite fille et le jeune prêtre. Féru d’idées nouvelles, il était surtout un grand admirateur de Jean-Jacques Rousseau. Il se  plaisait  à lire   à son attentive élève, ou à lui faire lire, les passages les plus lyriques   des « Rêveries d’un promeneur solitaire »ou dans l’« Emile » « la profession de foi du vicaire savoyard ». L’Abbé X.. recevait aussi de Paris  de nombreuses  petites feuilles, plus ou moins clandestines qui le renforçaient  dans son adhésion partisane.

 

IV

     Par permission spéciale de l’Evêque de Limoges, Madame  de … avait obtenu  que pour cette année, la communion des  enfants  de la paroisse de  Saint-Pardoux  eût lieu au Breuil  et  non comme habituellement  en l’église du bourg. Ceci pour honorer  l’Abbé X. et  pour le plus grand  bonheur  de Marie-Celeste.

    Pour marquer l’événement, sa mère avait  fait réaliser  spécialement par un joaillier  d’Aubusson le très  beau chapelet à la croix d’or  et aux grains de nacre  qui serait offert à l’enfant  pour ce grand jour. En attendant, on lui en faisait  secret.

     Las, moins d’une  quinzaine avant cette cérémonie, dont on se faisait à l’avance  grande joie, Marie-Celeste  contactait la diphtérie, on disait à l’époque le croup. Et devant  cette terrible maladie, la médecine d’alors  s’avérait d’une impuissance notoire.

   Trois jours durant, sans dormir ni même se nourrir, l’Abbé X. devait   rester en prière dans sa petite église du Breuilh. On avait en vain essayé de le raisonner, il demeurait  en prostration, offrant  sa prière et, au-delà, sa  vie même pour la guérison de Marie-Celeste.

    Au petit matin du  quatrième jour, elle n’était plus de ce monde.

    Dans un élan spontané, lors de la veillée  funèbre où le pauvre prêtre, tenant à peine debout, avait  voulu  être une dernière  fois, près de celle  qu’il avait  tant  voulu sauver, Madame de …  lui demandait d’accepter  le chapelet d’or et de nacre.

    Après cette ultime  visite à Alesmes, l’abbé  devait d’enfermer  au presbytère. Pas une fois, il n’en sortit  jusqu’au jour des obsèques, allant même  jusqu’à ne plus célébrer  sa messe quotidienne. Cet  enterrement  devait se dérouler  de bien étrange façon. Les  assistants furent  frappés  par le caractère   hagard  de l’officiant  et  le décousu de son prône  , centré sur l’éternel scandale   qu’est la souffrance des enfants.

 

V

 

   C’est  durant la  nuit suivante qu’un brusque incendie   devait se déclarer, apparemment  sans raison, dans la chapelle du Breuilh. On lutta en vain, avec de dérisoires moyens. Au matin tout n’était que cendres  et pierres noircies. L’Abbé X. avait  disparu  et  nul  ne l’avait vu  autour du brasier. Il devait demeurer introuvable.

    On sut   bien plus tard  qu’il avait gagné  Paris à pied. A cette époque  troublée de prêtres  jureurs, il tombait dans l’apostasie . lui si doux devint  un des « enragés »  d’Hébert, écrivant  dans son « Père Duchesne », cette feuille extrémiste  et ordurière  qui accusa Robespierre  de modération.

   Certains  ont pensé  que le ci-devant  abbé et l’ex-châtelaine  d’Alesmes  avaient  alors pu se revoir. Cette dernière, fort imprudemment, avait  elle aussi rejoint  la capitale, à cause d’un procès  ayant trait à la succession de  sin défunt mari. Elle espérait  encore  quelques  bribes  d’une fortune engloutie.

   Toujours  est-il  qu’en application de la  sinistre « loi des suspects », Madame de … soupçonnée de tiédeur révolutionnaire  fut déférée   devant le tribunal  de la terreur, condamnée  à mort et exécutée  séance tenante   place de la Concorde.

   On est allé  jusqu’à insinuer  que ce fut  sur dénonciation de  l’ancien desservant  du Breuil, mais  peut –on croire à tant de haîne ?

  A son tour,  il devait , après Thermidor, passer en jugement  et être déporté aux îles  où l’on aurait perdu  sa trace.

 

  Pas pour toujours,  puisque  peut –être le remords devait  le ramener  dans notre montagne où l’attendait une fin horrible  dans le froid et la neige , au pied de cette croix connue depuis  sous le nom de croix du prêtre .

 

                                                                                 R.V.

                                                                              Saint Martin

                                                                           Décembre  2007

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Published by Charte de Fontevrault - dans VOUS AVEZ ECRIT A LA CHARTE
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